Le Maroc, ses bouteilles de gaz et moi

Vivre au Maroc toute l’année, cela demande parfois un effort de patience et d’abnégation. Encore plus lorsque ce n’est pas le pays qui vous a vu naître.

Ce soir, au moment où il ne le fallait pas, comme à chaque fois me direz-vous, je suis tombé en panne d’eau chaude. En panne de quoi? Oui, mes chers frères et sœurs, ici au Maroc, on tombe (encore?) en panne d’eau chaude. Et même de feu pour cuire son repas. En panne de gaz quoi.

Et ce soir, la panne, comme à son habitude, n’a pas prévenu, elle est arrivée sûre d’elle et moi, les mains dans la mousse et la vaisselle, je me suis interrogé.

Combien de confort ai-je laissé derrière moi en Europe pour vivre ici au Maroc? Le confort ne se compte pas en chiffres bien évidemment mais c’est bien le mot « combien » qui m’est venu à l’esprit ce soir.

Oui combien? Combien de fois ai-je surmonté mon appréhension de ces énormes cafards pour les expulser de chez moi, combien de fois ai-je fermé les yeux face à la poussière qui colonise certaines rues, combien de bougies ai-je allumé face à une panne cette fois-ci d’électricité, qui comme sa cousine la panne de gaz, ne prévient pas. Oui combien…??

L’eau froide qui coule sur mes mains vient mettre un terme à mes réflexions. La bouteille de gaz ne négocie pas, elle attend d’être changée. J’ouvre le tiroir réservé aux galères, renfermant en désordre des bougies, un briquet, un double des clés et j’attrape aussitôt un outil qui ne m’a pas vu depuis un ou deux mois : la clé à molette. Pour faire quoi? Seuls les vrais comprendront.

Mais changer une bouteille de gaz au Maroc, ça fait du bruit. Et oui c’est aussi ça le Maroc, on partage avec ses voisins son quotidien, chacun sait quand tu changes ta bouteille de gaz. Au cas où quelqu’un viendrait t’aider. C’est peut-être pour ça que les cloisons sont si fines en fait…Bon je m’égare de nouveau.

Je viens de changer la bouteille, c’est fait. Ultime test, celui du produit vaisselle afin de vérifier qu’il n’y a pas de fuite de gaz. Si vous ne connaissez pas, plus de doute, un séjour au Maroc s’impose. En déposant de la mousse de produit vaisselle au niveau du raccordement de la bouteille, si aucune bulle ne se forme, c’est gagné, il n’y a pas de fuite el HamdouliLlah. Pour ceux préférant le briquet, c’est un séjour en maison de redressement qui s’impose.

La chaleur retrouvée de l’eau me ramène à mes pensées. Finalement, ce n’est pas si compliqué de changer une bouteille de gaz. Ce n’est pas si compliqué non plus de fermer les yeux face à la poussière, d’apprendre à compter en dirhams mais aussi en riyals…Et puis les avantages à vivre ici sont si nombreux qu’ils viennent balayer d’un revers de main mes pensées numériques. La preuve, on apprécie bien mieux le son du Adhan à la lumière d’une bougie.

 

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